Un gros camion pansu passe égayant la rue
Des gamins caracolent.
Et madame Gardan
Épicière avenante, qui tient l’économique
Sourit aux hirondelles.
Elles zézayent le ciel
D’inoubliables étés
La rivière ronronne passant dans les turbines
Du grand moulin d’ici, qui construit la farine.
Empilée dans des sacs.
Petits hommes en béret, mégot vissé au bec
Les roulent en jurant, sur des diables grinçants
Ils grésillent l’enfer
D’inoubliables étés
A l’horizon de la rue, les rubans d’une scie
Cicatrisent les planches.
S’y entassent les boîtes qu’on fait aux indigents
Abrités à l’hospice, vivants comme des enfants
Ils bégayent amers
Inoubliables étés
Par loic le meur
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« Jérusalem »
Toiture de guingois
A l’ombre d’un château
Perchée sur la rivière
Une courette emplie d’ombres
Et le chant du courant
Qui glisse sous les vannes
Une maison qui craque
Et qui nous berce un peu
Les lames du parquet
Où les billes erratiques
Filent sur l’encaustique
Une enfance ouvrière
Au faîte de la rue
Escaladant le val
Cherchant la ville haute
Où dorment les commerçants :
Un calvaire, deux tilleuls
Une poterne a chicane
Des murailles de schistes
Etincelantes d’eau
Etirent en hiver
De longues stalactites
Que brisent les enfants
Et les soirs de noël
Revenant de la messe
La neige sur les toits
Lampadaires en guirlandes
Et la voix d’une mère :
« On dirait Jérusalem ! »
Par loic le meur
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Dans nos champs de misère
Ne germent que les pierres.
Et les charrues de fonte
Sillonnent les déserts
Où poussent des rancœurs.
On y récolte femmes,
Des machines en somme.
Infantiles vieillardes
Aux rigueurs austères.
Et le chant des enclumes
Martèle le licol
De nos hommes trop fiers
En coutumes bravaches.
Misères occidentales
En ces terres d’ennui,
S'y noie même la pluie
Armoriques acides
Aux aigreurs de cidre.
Par loic le meur
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Il y eût ces hommes rudes aux mains mécaniciennes
Ils n’avaient pour noblesse que le sang des machines
Ne vénérant rien d’autre en de grandes antiennes
Que le son des pistons de ces longues michelines
Elles courent en Cévennes au fil de ces tunnels
Qui percent les vallées envers de nouveaux mondes
Implacables traverses alignées sous le ciel
Virevoltantes courbes, chuintantes comme des frondes
Jetées sur les viaducs ces rames s’y épuisent
Chant rauque des diesels assaillant la montagne
Sur le fil en acier d’anciens rails qui
luisent
Courant sur les plateaux envahis par les sagnes
Je ne le fus jamais, ou bien dans mes regrets
Assis dans les genêts, rêvant comme un grillon
Qui répète sans cesse le nostalgique couplet
Les regrets impossibles d’une vaine chanson
Par loic le meur
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Il est de ces errances
Où jamais ne se couchent
De grands soleils flambeurs
Parfumés comme des aubes
Et sous le feuillage ocre
D’infinies solitudes
Ces cœurs qui tourbillonnent
Et battent sous l’enclume
Troupeaux de cumulus, transhument vers les
terres
Chargés comme des
fontaines, en convois de nuages
Ils ont ventre saint gris et la croupe
brumeuse.
Comme nous qui allions, obliques enjambées
Sur ces routes d’Orients, sous de noires
forêts
Vers d’immenses
Ukraines, parfumées de Lénine
Des slaves aux yeux noircis
A l’accent de ruisseaux
Venaient nous dévorer, évaporant nos âmes
Elles s’enroulaient alors sur l’écume de neige
Et en ces jours encor
Elles s’esclaffent en grondant sur d’infinies
toundras
Par loic le meur
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